Marseille

Par Le Préfet, le mardi 8 novembre 2016

Puisque cela fait plusieurs années j'ai bien droit à la nostalgie. Penché sur de vieilles photos historiques de Marseille en noir et blanc d'il y a quinze ans, je me dis comme ça spontanément « Marseille est une ville dont on se souvient. » C'est beau, bien tourné, c'est positif accompli, ça s'entend comme « Marseille est une ville qu'on n'oublie pas », sauf que j'ai pas pensé ça, il faut que j'affine le tir : « Marseille est une ville dont on ne fait que se souvenir. »

Tu te souviens de Marseille ? Ah là là… Comme c'était avant ? Ah là là… J'ai que des beaux souvenirs de Marseille ! Ah là là… C'était ! Ah là là… Histoire. Ah là là… Avant. Ah là là… Toujours avant. Jamais maintenant. On peut imaginer ça comme conversation dans une rue, à Marseille. On perçoit quelques bribes. Mais le cœur y est.

Qu'est-ce que je voulais dire ? J'ai oublié… Si ! Ah là là…

Tu as obligation de te souvenir de Marseille, car Marseille c'est le patrimoine de la France, sans Marseille la France aurait pas pu voir le jour, ou alors pas pareil, c'est historique Marseille ! La preuve en est, même les photos d'il y a quinze ans sont en noir et blanc !

Et puis tu as intérêt à bien t'en souvenir ! Pas « bien » au sens précisément, mais au sens « c'était bien », mieux que maintenant, mais maintenant on n'en parle pas puisqu'on sait pas où ça va ! Vu qu'on est historique, le présent on s'en fout, nous, on marche dans le devenir ! Notre passé fait l'avenir !

Faut avoir l'œil énamouré, un peu luisant, joyeux ça passe, si y a larme, larme de joie on te le laisse, mais il faut la larme ! Ah là là… que c'était bien.

Cette larmichette c'est ton brevet ; pas de bon Marseillais, tu ne seras jamais autant Marseillais que le Marseillais qui est un vrai Marseillais lui ! Mais bon, ça passe pour cette fois…fais voir cette larme ?

On est bon prince, on t'adopte. Enfin, on t'accepte. Ah non ! Ne parle pas de maintenant ! Tu vas perdre tes points ! Fais gaffe ! Reste reste à te souvenir, tu en sens remonter des odeurs ! De la mer, de l'iode, de la merde ? Non ! Ça sent la merde ! Marseille sent la merde ! Ça va pas non ! Enfin, pas avant…

Alors reste dans nos bons souvenirs pour rester dans nos petits papiers.Marseille se vit donc au passé… Pourquoi cette si exécrable habitude du mépris du présent, du mépris de celui qui-en-n'est-pas, de celui du dehors du cercle qu'on se resserre autour du bide comme l'élastique quand on jouait à l'élastique où celui qui pouvait pas entrer était un con ?

Pour tout ça, ouais… mais à voir comme le Marseillais au fond s'en fout on se demande si ça peut être vraiment une raison.

Je creuse dans ma nostalgie et ressens, mais alors seulement un gratouillement (ou chatouillement?) dans l'estomac, comme une fierté. Une putain de fierté. Ça pue la merde, mais on en est fier. Et là je me dis que la société de consommation a du bon. Depuis l'avènement des supermarkets n'importe quel plouc peut se gaver de barbaque et autres saloperies sucrées jusqu'à s'en faire péter l'obésité qu'avant

seulement les riches pouvaient s'offrir et être fiers de leur goutte qui leur torturait les guiboles, leur gonflait les chevilles et les faisaient souffrir jusqu'à ce qu'ils crèvent. Ils avaient leurs maladies de riches, et maintenant les ploucs ont les mêmes !

Depuis l'avènement de la culture pour tous, parce que maintenant, nous aussi les prolos, on fait des études, et on apprend l'Histoire. On l'apprend à peu près, on en fait mauvais usage, on la traficote, tout ce que vous voulez… Mais grâce à ce savoir on a enfin compris ce qui fait la grandeur d'un homme : la possibilité de se compter les quartiers de noblesse, les anciennetés, les prévalences, et les privilèges ! On accède en une génération à la fois à la bombance bouffie d'une bourgeoisie bedonnante et à l'hérédité rêvée d'une ville atrabilaire. Bourgeoisie et noblesse en moins de temps qu'il en faut pour créer un Mac !

Voilà pourquoi Marseille se vit dans le souvenir, juste pour se caresser le nombril dans le sens aristocratique, et pour un prolo, ça compte !

Cela dit, c'est tout aussi valable pour Paris, Beauvais ou même Lons-le-Saunier !

Pourquoi ?

Par Félix Fujikkkoon, le jeudi 8 septembre 2016

Peu satisfait d'être humains nous sommes devenus artistes. Découvrant le feu dans notre for intérieur, comme de nouveaux Prométhées conquérant l'Amérique, persuadés que ce que nous découvrions, nous ne le devions qu'à notre mérite, nous avons voulu refaire un visage à l'humanité toute entière. Nous voulions que les gens sortent de l'hypnose collective.

Comme Jim Carey l'enseigne dans «Man On The Moon» ou mieux encore dans «The Truman Show», il fallait un choc. Alors nous avons joué à Thor ou à Zeus : à base de foudre et de fracas nous avons fait sonner un réveil gigantesque dans tout le cosmos. Pourtant nous savions qu'il pouvait y avoir des risques à réveiller brusquement le somnambule.

Nous recherchions l'ultime issue. Nous nous demandions :

« Le système étant une mascarade, comment lutter contre l'illusion ?
Un spectacle peut-il vaincre un autre spectacle ?
Évidemment une représentation peut remplacer une autre représentation, mais comment sortir de La Représentation ? »

Un jour, un sage a dit : « les gens rêvent et quand ils meurent ils se réveillent ».
Fallait-il tuer les gens ? Le public ? Le spectacle ? Les artistes ?

Si vous voulez le savoir rendez les 8, 16, 17, 18 et 24 septembre à l'Embobineuse ! lol